Les journalistes avaient encore une certaine liberté d'expression et d'opinion. Mais aujourd'hui :

  • Le Figaro fondé en 1826 sous le règne de Charles X tomba aux mains du groupe Dassault en 2004, et atteignait 10,5 millions de déficit en 2007 (malgré un plan de départ volontaire de 268 journalistes, soit 10% des effectifs depuis le rachat par Dassault, et annonce donc une nouvelle réduction de 13% des effectifs).
  • La récente crise du directoire du Monde (fondé par Hubert Beuve-Méry en 1944) a commencé en 2007 et a mené au rachat par Xavier Niel et Matthieu Pigasse.
  • Celle ayant mené au rachat de Libération (fondé sous la protection de Jean-Paul Sartre, en 1973) par Patrick Drahi, commença en 2013.
  • Le Parisien, entreprise familiale depuis 1944 a été racheté par LVMH en 2015.

Et on pourrait partir des milliardaires pour arriver aux journaux, plutôt que de lister les journaux pour trouver les milliardaires… ainsi, et toutes proportions gardées, Bernard Tapie, fraîchement remplumé par l'état français dépensait-il 23 millions d'euros en décembre 2012 pour racheter la moitié du groupe de presse éditant La Provence (chacun ses ambitions).

Aujourd'hui 90% des médias sont attribuables à 9 milliardaires, et le reste du service public audiovisuel est aux ordres de l'Élysée.

Le métier de journalistes s'est fortement précarisé. S'il leur reste quelques avantages divers et fiscaux liés à la carte de presse, ils n'ont pour la plupart plus le salaire qu'on leur imaginait. À part quelques stars qui émargent à 5 chiffres, la majorité des journalistes sont au SMIC, à 1100 € après 5 ans d'étude. Un jeune talentueux peut viser 1600 - 1800 € mais guère plus.

Quelques chiffres de plus : sur 35 000 journalistes détenteurs de la carte de presse, 80 % gagnent moins de 1800 € net par mois.

Et pour cause, aujourd'hui les rédactions demandent aux journalistes d'être des techniciens de l'information, de traiter mécaniquement l'actualité, pour pondre des articles à la chaîne : le gouvernement annonce une chose, la fédération pro s'en félicite, les associations contre déplorent, et basta.

C'est une profession qui est dégagée de l'aspect intellectuel qu'elle a revêtu, on retire aux journalistes la faculté de penser par eux même, d'analyser par eux même, de porter un regard sur l'actualité, ce qui est l'essence du journalisme.

L'histoire a raconter est pré-écrite. Dans les grands groupes TV privés on remet au journaliste arrivant « la bible », pas tant celle des catholiques que des cathodiques. C'est un mode d'emploi pour dire comment on fait un reportage, le ton à employer, comment le journaliste doit écrire, les mots à utiliser ou pas. C'est un mode d'emploi qui doit être suivi de près sinon le rédacteur en chef vient vite rappeler que c'est l'identité du groupe.

Le journaliste n'a aucune marge de manœuvre, s'il n'est pas content, il est remplacé le lendemain. Et c'est la même chose pour les personnes de la technique précarisés via les conventions des intermittents du spectacle.

Les directions des médias demandent à tous ceux qui travaillent de devenir auto-entrepreneur, et limitent les recrutement en CDD ou CDI, c'est une précarisation volontaire et organisée, par l'appât du gain comme pour l'entretien de nos centrales nucléaires qu'EDF, enfin Enedis, délègue à des intérimaires, mais pas seulement.

Exemple : BFM TV, chaîne d'info en continu, où la précarité est institutionnalisée, avec des bas salaires et des conditions de travail médiocres. Ils se sont rendus compte que des journalistes et des techniciens se battaient quand même pour y aller. De quoi encourager les autres groupes de presse sur cette voie.

Et dans les ministères, on se compare au standards du marché, on explique que pour France 2 et France 3 ça ne sert a rien d'avoir de beaux locaux et une armée de journalistes, puisque BFM fait la même chose avec beaucoup moins de moyens. À quoi bon chercher à relever le niveau ? Nivelons plutôt vers le bas le service public de l'audiovisuel.

Cette précarité, engendre une discipline par la peur où on ne retransmet que ce que la direction du média autorise. C'est alors la censure, arbitraire, à l'état pur.

Les journalistes ont moins de marge de manœuvre pour leur réflexion ou pour la présentation pédagogique de leur trouvailles, pour informer le citoyens, ce qui est tout de même le but premier du journalisme.

Aujourd'hui on a un journalisme uniformisé, et l'information libre est reléguée a une niche de journaux indépendants (Mediapart, Le Monde Diplo, Reporterre…).

Et ça pose problème car quand on est en campagne électorale et qu'on est contre le système, on a face à soit un mur de média. Ceux qui ont des intérêts économiques dans les médias n'ont pas intérêt à faire entendre la voix de ceux qui veulent changer le système.

Alors comment se faire entendre ?

Dans le cadre d'une campagne d'élection, surtout présidentielle, les dirigeants des médias ont une stratégie qui est définie à l'avance, ça se planifie entre 18 et 12 mois avant l'élection. On commence par virer tous les journalistes qui sont contre la ligne éditoriale des dirigeants du média, et on en recrute qui sont dociles. Rien que les conditions de leur arrivée suffisent à calmer leur velléités.

Exemple : Aude Lancelin virée de l'Obs, pour un motif politique, car proche des idées Mélenchoniste. Les prud'hommes lui ont donné gain de cause en rejetant la faute lourde professionnelle que la direction de L'Obs mettait en avant.

Les dirigeants des media savent déjà qui ils vont soutenir pour une élection. Ils le font en fonction de leurs intérêts, qui est avant tout celui de l'actionnaire et de la manne des annonceurs publicitaires, ils se fichent du lecteur, surtout s'ils n'est pas leur client.

Exemple : Drahi dirigeant de média avec RMC et BFM, contre les idées de Mélenchon, demande à ses journalistes de le descendre. Au contraire, Pigasse dirigeant des Inrocks, plus proche des idées de Mélenchon, l'a plutôt bien traité.

Pour établir une stratégie média, une stratégie communication, il faut savoir qu'en fasse il y a une stratégie pour vous descendre (ou vous encenser).

En février 2016, Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature, hors du Parti de Gauche, avec un Front de Gauche moribond, vidé de ses communistes, moribonds eux aussi, et son programme est toujours de changer le système.

Or, pour remettre en cause le système, il faut remettre en cause beaucoup de chose, dont les conditions de travail, les conditions de production de l'information. le niveau intellectuel et de culture générale des journalistes. Si un journaliste ne lit pas, ne fait rien pour s'informer par lui même et ne fait que recracher ce que le directeur de rédaction lui donne aucune idée nouvelle n'a de chance d'émerger (comme l'explique très bien Noam Chomsky).

Exemple : Apathie, qui ne sort jamais de son bureau, ne fait plus de journalisme d'investigation ou de réflexion, mais du journalisme d'opinion. Ce n'est pas une attaque gratuite, c'est un constat, il fait 5 émissions politiques par semaine sur France Info plus d'autres, ça demande un travail de dingue en préparation et en recherche, donc de fait il a pas le temps de faire du journalisme, en revanche il a le temps de recracher ce qu'on lui demande de dire. Et ce n'est pas le seul malheureusement pour les auditeurs.

Dans le cas Mélenchon, l'échec de l'accès au deuxième tour s'est joué dans les 15 derniers jours.

Au niveau politique Benoit Hamon qui tape sur Mélenchon au lieu de taper sur Macron. Au niveau médiatique, Med Stat enregistre une hausse considérable du nombre d'articles médiatiques négatifs sur cette période. On passe de 43 % d'articles négatifs sur Melenchon 3 semaines avant le premier tour, à 90%, 2 semaines avant.

Selon les statistiques des sondages remis par les instituts de sondage, non publiées car la loi l'interdit, mais remis aux équipes de campagne, il apparaît que 15 jours avant l'élection Mélenchon est pressenti pour le deuxième tour face à Le Pen. Macron est derrière dans les intentions de vote. BVA et SOFRES disent à l'équipe de Mélenchon qu'ils sont à 23%, mais publient en dessous de 20% d'intentions de vote. Et cette info tombe 3 semaines avant.

Les concurrents et les médias le savent, donc la machine anti-Mélenchon est mise en route : bourrage de crane anti-Mélenchon pendant 15 jours. La FI ne peut pas contrer ce phénomène car il n'y a aucun relais dans les médias. Un journaliste a, selon Sophia Chikirou, sa directrice de campagne, fait valoir sa clause de conscience pendant 15 jours car sa rédaction lui demandait de taper sur Mélenchon, et il a donc refusé.

Le système médiatique et les instituts de sondage ont beaucoup pesé dans cette élection.

Maintenant deux choses :

  • soit on pleure sur notre sort en se disant qu'on y arrivera jamais ;
  • soit on créer un nouveau Média de gauche pour contrer les nouveaux chiens de garde.

Car un Libération dit media de gauche crée dans les années 70, racheté par un milliardaire perd ses lettres de noblesses de Gauche. De plus, dans cette 2e décennie du 21e siècle, il faut voir plus loin que le papier, car ce support se raréfie, tout autant que la lecture se raréfie. Il faut aller chercher les gens sur le Web et faire de l'audio visuel sur le web.

Pour plus d'information voir le livret FI sur les médias.